Ascension du Cotopaxi (5897 m)

Voici le récit de l’ascension du Cotopaxi (5897 m) que j’ai pu gravir en octobre 2010. J’avais déjà tenté ce sommet une première fois en 1995, mais le froid et les vents violents avient eu le dessus sur un des membres de notre groupe et nous avions du rebrousser chemin avant d’arriver en haut. Le Cotopaxi n’est que le deuxième plus haut sommet de l’Equateur, derrière le Chimborazo (6268 m), mais ce dernier n’était pas en bonnes conditions l’année dernière et nous n’avons pas pu y aller. Le Cotopaxi fut donc le point culminant de notre voyage de deux semaines dans ce petit pays andin. Il s’agit du volcan le plus actif du pays, et il est considéré à ce titre comme un des plus dangereux de notre planète étant donné la proximité de la capitale Quito (> 2’000’000 d’habitants) qui se trouve à environ 60 km.

Le Cotopaxi depuis Tambopaxi
Le Cotopaxi depuis Tambopaxi
L'Auberge Tambopaxi
L’Auberge Tambopaxi

Mais pour le moment le Cotopaxi est plutôt tranquille et attire régulièrement de nombreux grimpeurs qui viennent du monde entier pour atteindre son sommet. Dans certains guides on peut lire que le l’ascension du Cotopaxi est facile et ne requiert aucune expérience préalable de l’alpinisme si l’on se fait accompagner d’un guide de haute montagne. Franchement je trouve cela un peu exagéré. Même s’il est vrai qu’il n’y a pas de passages hyper techniques et que l’ascension se fait de bas en haut en posant simplement un pied devant l’autre, il faut tout de  même souligner que :

La salle du restaurant à Tambopaxi
La salle du restaurant à Tambopaxi
  • La progression se fait sur un terrain glaciaire et nécessite de savoir marcher avec des crampons aux pieds sans « s’encoubler » (se prendre les pieds dans les lanières). Comme toujours, cela ne pose pas de problème si la trace est en neige, mais cela peut vite s’avérer beaucoup plus problématique si certains passages sont en glace vive, car dans ce cas, le cramponnage requiert beaucoup plus de technique si l’on veut être efficace et ne pas s’épuiser.
  • L’ascension se fait entièrement de nuit avec un départ du refuge entre minuit et une heure du matin. Il faut donc faire face à la fois à l’obscurité et au froid. L’effet de froid est souvent renforcé par le vent qui peut souffler très fortement sur ces pentes (nous avons eu des rafales à plus de 80 km/h quand j’y étais).
  • Avec un sommet qui approche les 6000 mètres, les effets de l’altitude ne sont pas à négliger.
  • Il existe tout de même quelques passages où l’erreur pourrait avoir de graves conséquences, notamment plusieurs sauts de crevasses (plus au moins larges) et les pentes sommitales assez raides (45°) qu’il faut traverser sur une trace parfois étroite en s’assurant sur son piolet.
Le Cotopaxi
Le Cotopaxi (le point jaune au centre, c’est le refuge José Ribas)
Le parking, à 4500 m
Le parking, à 4500 m

En ce qui concerne la durée, il faut prévoir au minimum deux jours, avec une nuit au refuge José Ribas. Mais, si on peut se le permettre, le mieux est d’arriver un jour plus tôt pour profiter de l’auberge de Tambopaxi qui se trouve « al pie del volcan » (au pied du volcan). Il serait en effet dommage de passer à côté de ce petit bijou sans en profiter, ne serait ce que le temps d’une soirée. Situé à l’intérieur du Parc National du Cotopaxi, à 3750 m d’altitude, c’est vraiment l’endroit idéal pour parfaire son acclimatation. L’accueil y est particulièrement chaleureux et les grandes baies vitrées du restaurant permettent d’admirer le Cotopaxi ainsi que plusieurs autres volcans. C’est aussi un bon plan pour pouvoir y laisser ses bagages et profiter d’une bonne douche chaude lorsqu’on redescend du sommet.

Vue sur le glacier en montant au refuge
Vue sur le glacier en montant au refuge
Le Cotopaxi vu en montant au refuge José Ribas
Le Cotopaxi vu en montant au refuge José Ribas

Depuis l’auberge, il suffit d’une petite demi-heure de voiture pour gagner le parking situé à 4500 m, point de départ pour monter au refuge qui, bien qu’il semble à portée de main, se trouve 300 mètres plus haut. Le refuge est un but en lui même pour beaucoup de personnes et donc, en plus des candidats au sommet, une foule de touristes et de visiteurs locaux s’élance sur la piste de cendre qui monte droit dans la pente au-dessus du parking. Nous préférons emprunter la sente qui part sur la gauche et qui monte en lacets pour arriver au même point. C’est un peu plus long (compter une heure environ), mais nettement moins raide et, avec une bonne charge sur le dos, cela permet de monter d’un pas beaucoup plus régulier en se fatiguant moins. De plus, on profite d’une très belle vue sur le glacier que ceux qui montent directement n’ont pas !

En montant au refuge
En montant au refuge
Pierres volcaniques
Pierres volcaniques

Le refuge José Ribas, comme tous les autres refuges que nous avons visités en Equateur offre une salle commune, plusieurs dortoirs et une cuisine où l’on fait sa popote soi-même avec la nourriture que l’on a apporté. Xavier, notre guide, nous indique nos places et nous nous installons pour quelques heures de détente. En fin d’après-midi, vers 18h, nous dînons copieusement : soupe de quinoa et légumes, puis pâtes au poulet. Et puis, il est temps de rejoindre le dortoir pour aller se reposer quelques heures avant le départ.

Le refuge José Ribas
Le refuge José Ribas
La cuisine du refuge
La cuisine du refuge

Lever vers minuit pour un départ tranquille peu avant 1h30 (on a pris notre temps pour manger et s’équiper). L’ascension débute par une montée soutenue dans des éboulis pendant environ 90 minutes. Ensuite, nous mettons nos crampons et nous encordons pour continuer sur le glacier. La trace est bien marquée. Les 100 premiers mètres sont en glace, mais ensuite nous trouvons de la neige, plus facile à cramponner. La trace serpente entre les crevasses, avec de longues traversées qui permettent de récupérer des passages plus raides. A un moment il faut franchir une large crevasse en sautant, ce qui éveille en moi, un traumatisme vieux de plus de 14 ans. Heureusement, Jean-Pierre m’aide à franchir cet obstacle, plus psychologique qu’autre chose, et nous poursuivons notre ascension.

Le Yanasacha
Le Yanasacha
Tranche de glacier
Tranche de glacier

Nous passons sous la grande barre rocheuse appelée Yanasacha et traversons vers la droite pour gagner le versant nord-ouest de la montagne. Nous remontons une longue pente, assez régulière qui semble déboucher sur le sommet, mais arrivée en haut, je découvre qu’en fait il y a encore une longue traversée et ensuite un dernier ressaut d’environ 200 mètres. En plus, ce sont les passages les plus techniques de l’ascension avec une trace bien raide qui monte tout droit dans la pente, plusieurs petites traversées sur une trace étroite où faut s’assurer et enfin un dernier passage où le vent de face est tellement violent que j’ai l’impression d’être littéralement scotchée sur place et de ne plus pouvoir avancer.

Xavier, Marie-Noëlle et Joël arrivent au sommet
Xavier, Marie-Noëlle et Joël arrivent au sommet
Jean-Pierre au sommet
Jean-Pierre au sommet

Enfin, peu avant 7h30, nous voici au sommet. A nos pieds s’ouvre un vaste cratère, profond de 300 mètres, un spectacle peu ordinaire et assez saisissant. Sur le moment, je n’arrive pas vraiement à apprécier tant la fatigue physique et nerveuse me submerge et c’est tout juste si j’ai encore la force de sortir l’appareil photo pour faire quelques images… j’arrive à me motiver en me disant que je ne reviendrai pas une autre fois et que si je ne prends pas quelques photos je vais le regretter toute ma vie !

Le cratère du Cotopaxi
Le cratère du Cotopaxi

Nous restons un petit quart d’heure au sommet, avant de repartir sur nos traces pour la descente. Celle-ci est beaucoup plus rapide que la montée, bien que je fasse quelques pauses photos (je n’en ai pas fait à la montée, puisqu’il faisait nuit) et nous sommes de retour au refuge vers 10h30. Petite pause, juste le temps de boire et de grignoter un peu et de refaire nos sacs avec les affaires que nous avions laissées ici. Le vent est toujours aussi violent et personne n’a vraiment envie de s’attarder. Nous sommes tous d’accord que nous serons bien mieux en bas.

Y'a plus qu'à descendre au refuge
Y’a plus qu’à descendre au refuge
Arrivée au Refuge José Ribas
Arrivée au Refuge José Ribas

Nous reprenons le même sentier que la veille pour descendre au parking, en coupant tout de même quelques lacets cette fois. Ici encore, il y a une ou deux rafales qui me déséquilibrent et manquent de me faire tomber tellement elles sont fortes. Arrivés à la voiture, chacun charge son sac dans le coffre et Xavier nous conduit jusqu’à Tambopaxi, où nous pouvons enfin souffler un peu et savourer notre ascension du Cotopaxi.

Le Yanasacha et le sérac
Le Yanasacha et le sérac

Les liens pour en savoir plus :


Retrouvez toutes les photos de cette ascension sur Flickr :
Album 2010 / Ascension du Cotopaxi


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2 réflexions au sujet de “Ascension du Cotopaxi (5897 m)”

  1. Glups… J’ignorais l’épisode de la crevasse… belle leçon de courage que tu donnes là.

    Et heureux de voir que cela n’a pas entamé ta passion de la montagne; cela nous vaut les magnifiques images ici présentes.

  2. Vraiment très impressionnant.
    J’espère que vous avez pas eu le mal de l’altitude.
    J’étais malade comme un chien en passant les 5000m.

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