Ascension du Denali : Le retour

Vendredi 30 juin 1989 : Descente au camp de base

Nous émergeons des tentes vers 10 heures, encore un peu fatigués de la longue journée d’hier, mais pas question de traîner car aujourd’hui nous avons un objectif : rejoindre le camp de base d’ici ce soir. Tout le monde s’affaire donc au pliage des tentes et au rangement de toutes nos affaires. Comme la veille, de petits groupes quittent le camp au fur et à mesure qu’ils sont prêts, avec skis ou à pieds, avec ou sans luges (certains font le choix de tout avoir sur le dos).

Rangements au Camp 5
Rangements au Camp 5
Préparatifs pour la descente
Préparatifs pour la descente

Comme d’habitude, Jean-Pierre et moi partons les derniers, une fois que tout est nettoyé, que les dernières ordures sont brûlées et qu’il ne reste plus rien. Il est 14h30. Pour la descente, nous adoptons la technique suivante : nous sommes encordés, skis aux pieds, avec les deux luges entre nous, attachées l’une derrière l’autre. Je suis devant et mon rôle consiste à faire la trace en prenant soin de ne pas aller trop vite, tandis que Jean-Pierre, derrière, doit rester corde tendue pour stabiliser les luges et, si besoin, retenir celles-ci dans la descente.

Descente avec les luges
Descente avec les luges

En théorie ça paraît simple, mais dans la pratique tout se passe mal. J’ai oublié de préciser que nous sommes sur des mini-skis de 1m40 sur lesquels il faut trouver son point d’équilibre, ce qui ajoute encore une difficulté à l’exercice. Bref, pendant la première demie-heure nous avons droit à de multiples chutes, des renversement de luges et quelques jolis échanges de noms d’oiseaux. Si ça continue comme ça, il va nous falloir 3 jours pour arriver jusqu’au camp de base. Jean-Pierre décide alors d’attacher les deux luges l’une contre l’autre. La charge est plus large, mais aussi beaucoup plus stable.

On passe de grosses crevasses
On passe de grosses crevasses

Au cours de la descente nous allons avoir tous les types de temps : partis avec le soleil, nous ne tardons pas à plonger dans les nuages qui sont par moments tellement épais qu’on n’y voit pas au-delà de quelques mètres. Puis, nous retrouvons la visibilité en repassant sous les nuages et finalement, en fin de journée, nous avons même droit à une éclaircie.

La cordée Annette et Charles
La cordée Annette et Charles

Nous sommes tous fatigués de l’ascension de la veille, mais nous savons que nous devons absolument gagner le camp de base ce soir car nous sommes un peu juste au niveau du timing : nous devons prendre l’avion après-demain matin à l’aube à Anchorage. Nous nous encourageons donc mutuellement et faisons de temps à autre des pauses pour attendre les plus lents. La dernière épreuve est la remontée de 300 mètres qui permet de gagner le plateau où est installé le camp de base.

Arrivée au camp de base vers 1h du matin
Arrivée au camp de base vers 1h du matin

Il est minuit et demie lorsque je pose enfin mon sac et détache mes skis près d’un emplacement de tente. Le reste du groupe arrive au compte goutte et à 1h tout le mode est là. Il faut encore monter les tentes pour la nuit (ou ce qu’il en reste) et reconditionner les affaires pour prendre l’avion demain matin (on espère pouvoir décoller assez tôt). Vers 2h, alors que nous sommes déjà tous dans nos duvets, Jean-Pierre nous fait une distribution surprise de « suprême aux fruits de mer » qu’il a préparé… un vrai délice après cette journée d’effort. Enfin, vers 3h du matin, nous nous endormons pour quelques heures de repos bien méritées.

 

Samedi 1er juillet 1989 : Retour à Talkeetna et Anchorage

Le réveil me fait bondir à 6h40. J’ouvre les yeux et j’entends une pluie fine sur la tente ainsi que quelques rafales de vent. Ca ne donne pas trop envie de sortir du duvet où il fait bon chaud. Mais bon, quand il faut y aller, faut y aller. Je m’habille lentement, enfile mes grosses chaussures et m’extrais péniblement de la tente (je commence à avoir quelques courbatures de ces deux dernières journées). Dehors, rien ne bouge. Après un petit tour aux toilettes (un siège de blocs de neige posé un peu à l’écart du camp), je me dirige vers la tente du « Base Camp Manager ». Un panneau indique une ouverture à 7h, mais tout est silencieux. Comme il est 7h10, je me risque à tapoter à la fenêtre. Deux filles apparaissent et s’excusent d’avoir dormi un peu trop…

La tente du Base Camp Manager
La tente du Base Camp Manager

Je leur demande si elles peuvent appeler par radio notre compagnie d’aviation TAT. Elles semblent un  peu sceptiques à cause des conditions météo, mais arrivent tout de même à joindre notre pilote. Lui aussi préfère attendre un peu avant de venir. Du coup je retourne sous la tente pour profiter encore un peu de la chaleur de mon duvet. A 9h15, le soleil est là et les rafales de vent sont tombées. Je retourne chez les responsables du camp pour une nouvelle vacation radio. Cette fois c’est bon, Dave vient nous chercher.

Charles est prêt pour le départ
Charles est prêt pour le départ
On n'attend plus que l'avion
On n’attend plus que l’avion (photo C. Davignon)
Notre avion arrive
Notre avion arrive
Décollage face au Mont Foraker
Décollage face au Mont Foraker

Comme à l’aller, il faut trois rotations pour nous évacuer de la montagne avec tout notre matériel et vers midi nous sommes tous de retour à Talkeetna. Nous profitons de ces quelques heures de liberté pour faire sécher nos affaires sur un coin du tarmac. Il est en effet préférable que les tentes ne soient pas humides avant d’être rangées afin qu’elles ne pourrissent pas. Et puis chacun s’occupe en fonction de ses envies. Perso, je me rends au Fairview Inn où je m’offre une bonne douche chaude, avant d’enfiler des vêtements propres, tandis que d’autres préfèrent aller déguster une méga pizza. Je me rends aussi au bureau des Rangers pour signaler notre retour et signer le registre de sortie.

Décollage sur le glacier
Décollage sur le glacier
Vol de retour à Talkeetna
Vol de retour à Talkeetna
Impressionnant glacier
Impressionnant glacier
Vue sur le Mont McKinley
Vue sur le Mont McKinley
Forêts et marécages
Forêts et marécages
Forêts à perte de vue juste avant Talkeetna
Forêts à perte de vue juste avant Talkeetna

En fin d’après-midi, tout le monde se retrouve sur le quai de la gare pour prendre le train qui nous ramène à Anchorage où nous aurons le plaisir de passer la nuit dans de vrais lits. Mais pas question d’en profiter trop longtemps. Le réveil est mis sur 4h15 pour partir à l’aéroport où nous prenons l’avion pour Vancouver. Les vacances se prolongent en effet avec une semaine de découverte dans l’Ouest Canadien… mais ça, c’est une histoire que je vous raconterai une autre fois !


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