Heidelberger Hütte : le confort *** à 2264 mètres d’altitude

Dans mon précédent billet je vous ai laissé après une très belle journée sur les pistes du domaine d’Ischgl-Samnaun. Une journée pas tout à fait terminée puisqu’il nous reste encore un petit effort à fournir pour aller rejoindre Heidelberger Hütte où nous devons passer la nuit. Cette cabane vielle de plus de 120 ans se trouve au fond du Fimbatal, une longue vallée qui présente la particularité d’être à la fois en Autriche et en Suisse. En effet si l’on étudie les cartes on s’aperçoit que la ligne frontière, au lieu de passer par les lignes de crêtes comme c’est habituellement le cas, coupe cette vallée transversalement en son milieu. Heidelberger Hütte est donc un refuge autrichien, géré par le Club Alpin Allemand (c’est généralement le cas des refuges autrichiens) et situé sur territoire Suisse… tout un programme !

Heidelberger Hütte
Heidelberger Hütte

L’itinéraire de montée n’a rien de bien compliqué puisqu’il suffit de suivre la piste qui part de la gare du télésiège de Gampenalpe (où nous avions laissé nos sacs à dos le matin) et qui suit le fond de la vallée. Habituellement il est possible d’éviter ce long cheminement quasi plat et sans grand intérêt en demandant au gardien de venir nous récupérer avec une motoneige ou une chenillette. Mais le faible enneigement  de cette année fait qu’il lui est impossible de descendre jusqu’en en bas. Lors d’un premier contact téléphonique que nous avons eu avec lui ce matin il nous a expliqué que nous devions monter à pied/ski jusqu’à la frontière et qu’ensuite il pourrait venir nous chercher pour terminer l’étape.

HALT nous indique ce panneau.
HALT nous indique ce panneau. Ca tombe bien car c’est justement là que la chenillette va venir nous chercher

Il est 16h45 lorsque nous entamons la montée vers le refuge. Si les premiers mètres offrent un enneigement suffisant pour nos skis, nous tombons bien vite sur des zones totalement déneigées. Personnellement, je fais le choix  de mettre mes skis sur le sac et de continuer à pied tant que le terrain le permet. Une heure plus tard nous voici arrivés à la frontière. Comme convenu nous appelons  le refuge (mais comment faisait on du temps où on n’avait pas de téléphone mobile ?) et un quart d’heure plus tard notre « taxi » est là. Nous embarquons dans la cabine avec nos sacs et nos skis et très vite nous voici arrivés devant la porte du refuge… juste à l’heure pour le repas du soir.

On entre en Suisse...
On entre en Suisse…
... et on quitte l'Autriche
… et on quitte l’Autriche

Ce qui caractérise les refuges autrichiens par rapport aux cabanes suisses, françaises ou italiennes c’est le niveau de confort inégalé (même si depuis quelques années la tendance dans les autres pays est d’offrir des prestations de plus en plus proches des standards autrichiens). Hormis le service de transport qui est systématiquement proposé lorsque le terrain le permet, les refuges autrichiens sont également réputés pour le fait que l’on peut choisir de coucher en dortoir ou dans des chambres doubles. Dans notre cas nous avons choisi la deuxième formule et nous nous retrouvons dans  de petites chambres douillettes meublées de lits superposés et d’un lavabo auquel il est possible d’avoir de l’eau chaude ! Moyennant 2 euros il est également possible d’aller prendre une douche chaude d’une durée de trois minutes… et cela sera le cas dans tous les refuges où nous allons passer dans la semaine. En plein hiver et à plus de 2200 mètres d’altitude, c’est un véritable luxe fort apprécié. On est bien loin des conditions spartiates du premier refuge en 1889. On peut effet lire sur le site Internet de Heidelberger Hütte que les visiteurs dormaient à même le sol sur un mélange de sciure et de mousse !

Paul Huber vient nous chercher en chenillette à la frontière
Paul Huber vient nous chercher en chenillette

En poursuivant ma comparaison entre les refuges autrichiens et les autres, un autre point frappant est que toute l’infrastructure est pensée et adaptée dès le départ au nombre de personnes que le refuge peut accueillir. Ici, pas question de faire deux, voire trois services pour les repas comme cela se pratique encore fréquemment dans certaines cabanes de Suisse ou de France. Si un refuge est prévu pour coucher 150 personnes, alors il y aura 150 places dans la salle à manger et chacun peut manger tranquillement sans être stressé par un gardien qui lui demande de libérer la table pour les suivants. Même chose en ce qui concerne le rangement du matériel. Tous les refuges sont dotés d’un local pour les skis et d’une ou plusieurs pièces de séchage pour les chaussures, les peaux et vêtements humides. Comble du luxe, des appareils chauffants, allumés pendant la nuit, permettent de garantir que l’on enfilera des chaussons secs pour l’étape du lendemain. Quand je pense au nombre d’heures que j’ai parfois passé avec mes chaussons à la main, à côté d’un maigre poêle pour essayer de les faire sécher…

Séchoir pour les peaux...
Séchoir pour les peaux…
... et pour les chaussures
… et pour les chaussures

Si vous avez eu le courage de continuer votre lecture jusqu’ici, vous l’aurez compris, je suis une fan des refuges autrichiens et leur côté à la fois fonctionnel et confortable. Oh bien sûr je sais aussi me contenter de dormir sous tente et de faire ma popote sur une réchaud comme cela m’arrive fréquemment en expé, mais je m’étonne toujours de voir à quel point les voisins alpins que sont la France, la Suisse, l’Italie et l’Autriche ont fait des choix si diamétralement opposés quant aux hébergements proposés en montagne. Certes, les tendances actuelles de notre société, toujours plus exigeante en matière de services et de facilités font que les refuges qui se construisent  maintenant tiennent compte de cette demande (quoique, je ne suis pas certaine que l’on pourra prendre des douches au nouveau refuge du Goûter actuellement en construction… ok, c’est pas la même altitude non plus !), mais il est tout de même surprenant de constater à quel point les autrichiens avaient une longueur d’avance quand on sait que ces refuges offraient déjà une telle infrastructure lorsque j’ai commencé à pratiquer la montagne il y a 30 ans.

Petite partie de cartes
Petite partie de cartes

Bon, il est grand temps d’aller profiter de la chambre douillette de Heidelberger Hütte… et je vous retrouve très vite pour vous raconter notre première journée de rando dans la Silvretta.

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