La traversée de l’Aiguille du Tour (couloir et arête de la Table de Roc)

Cela fait quelques années que je n’ai pas fait de grande course dans les Alpes. La dernière fois c’était l’ascension de l’Obergabelhorn (en août 2008). Deux ans plus tard il y a bien eu la Punta Giordani (tiens, je me rends compte que je n’ai pas écrit de billet à ce sujet… il va falloir que je le fasse), mais là c’était juste une « petite » course de quelques heures, avec départ depuis la première benne du téléphérique. Donc pas tout à fait la même chose.

Vue sur l'Aiguille du Tour avec le couloir et la traversée vers
Vue sur l’Aiguille du Tour avec le couloir et la traversée vers le sommet principal

Cette année, je décide de chausser à nouveau les crampons et, pour commencer « en douceur » Jean-Pierre me propose d’aller faire l’Aiguille du Tour en passant par le couloir de la Table. Ca tombe bien, la seule fois que j’ai fait ce sommet c’était il y a près de 30 ans et par la voie normale. Ca sera aussi l’occasion pour moi de retourner au Refuge Albert 1er où je n’ai pas remis les pieds depuis un de mes tout premiers stages d’alpinisme avec l’UCPA.

Montée au refuge

Le premier jour, il faut donc monter au refuge. Pour cela, plusieurs options : soit on part du bas depuis le village du Tour, soit on emprunte les remontées mécaniques (télécabine + télésiège) pour gagner le col de Balme, ce qui permet d’économiser environ une heure d’effort. Inutile de préciser que nous choisissons la seconde option.

Gare supérieure du télésiège du col de Balme
On commence par une longue traversée
On commence par une longue traversée
L'orage n'est pas loin
L’orage n’est pas loin

Cette variante présente également l’avantage de débuter par une longue traversée, légèrement ascendante jusque sous le Bec du Picheu. Ca permet de démarrer en douceur et de chauffer les muscles, avant d’attaquer la deuxième partie, un peu plus raide. La montée n’est pas très longue et nous mettons un peu moins de deux heures pour arriver au refuge. Nous sommes partis sous le soleil et la chaleur, mais le temps a rapidement changé et c’est sous une petite pluie fine que nous terminons la montée… un peu mouillés car comme il ne restait plus grand chose, nous avons préféré accélérer le pas plutôt que de s’arrêter pour sortir les vestes de pluie.

Il y a du monde au refuge
Il y a du monde au refuge

Vu le nombre de chaussures dans l’entrée, nous ne sommes visiblement pas seuls. Le gardien nous dira plus tard qu’il ne reste qu’une petite dizaine de places sur les 150 disponibles. Nous arrivons tout de même à nous trouver un petit coin de table pour boire une bière et allons ensuite nous reposer jusqu’à l’heure du repas. Vu le monde, le gardien doit assurer deux services car la salle à manger n’est pas suffisamment grande pour accueillir tout le monde en une fois. Le refuge Albert 1er fait partie des refuges historiques du massif qui ont subi peu de changements et comme souvent dans ce cas, la taille du réfectoire n’est pas adaptée à la capacité d’accueil. Mais cette année des travaux de rénovation sont en cours et on peut espérer que tout sera un peu plus fonctionnel par la suite. En attendant, le gardien et son équipe font de leur mieux pour accueillir tout ce petit monde et je dois reconnaître que malgré la foule on n’est vraiment pas trop mal (j’ai déjà vu bien pire).

Coucher de soleil
Coucher de soleil
Aiguille Purtscheller
Aiguille Purtscheller
Aiguille du Chardonnet
Aiguille du Chardonnet
Aiguille Forbes
Aiguille Forbes

Après le repas, je profite d’une belle lumière de fin de journée pour aller faire quelques photos depuis la terrasse du refuge. Mais avec le petit capteur du G15, la qualité n’est malheureusement pas optimale.

L’Aiguille du Tour

Le lendemain matin, le lever est programmé à 4h. Je craignais que ça soit la grosse bousculade pour le petit déjeuner, mais finalement ça va. En effet ceux qui partent pour les grandes courses (comme l’Aiguille du Chardonnet) sont déjà partis et d’autres ne se lèveront qu’un peu plus tard pour aller faire des balades glaciaires un peu moins longues. Comme d’habitude je dois me faire un peu violence pour avaler quelques tartines à cette heure plus que matinale puis, peu avant 5h nous voilà partis.

Cordée devant l'Aiguille du Chardonnet
Cordée devant l’Aiguille du Chardonnet
Aiguille du Chardonnet
Aiguille du Chardonnet

L’itinéraire n’est ni technique, ni difficile à trouver étant donné le nombre de personnes qui le parcourent. On commence par suivre la moraine sur laquelle se trouve le refuge pour gagner le Glacier du Tour, puis on remonte celui-ci en passant au nord du Signal Reilly. Vers 3100 m, on quitte la trace de la voie normale pour gagner le pied du couloir bien visible sur le versant sud de l’Aiguille du Tour.

Le couloir de la Table
Le couloir de la Table
Une cordée s'engage dans le couloir de la Table
Une cordée s’engage dans le couloir de la Table

Ca fait environ deux heures que nous marchons et on marque donc une petite pause histoire de boire un coup et aussi pour troquer les bâtons pour le piolet. Le bas du couloir est en bon état et bien tracé, mais dans la partie centrale il y a un étranglement qui semble plutôt « scabreux ». Nous apprendrons plus tard que ce passage était effectivement assez délicat, en terrain sablonneux, instable et sans possibilité d’ancrages pour s’assurer. En ce qui nous concerne nous préférons suivre l’exemple des cordées qui nous précèdent et bifurquons vers la gauche pour gagner les rochers qui permettent de rejoindre l’arête de la Table.

Arête de la Table
Arête de la Table
Alpiniste sur le Roc de la Table
Alpinistes sur le Roc de la Table

Du coup nous voici partis dans une partie d’escalade rocheuse qui n’était pas prévue au départ. Je n’apprécie généralement pas trop ce genre d’exercice, surtout avec des « grosses » chaussures aux pieds, mais la première partie, assez facile, me met en confiance et me réconcilie avec ce type de terrain. Enfin presque… parce que plus on monte, plus il y a des passages un peu plus délicats. Et la longueur qui permet de passer dessous, puis de contourner la Table de Roc est carrément de la haute voltige en ce qui me concerne. Heureusement il y a des sangles sur lesquelles je peux tirer pour me hisser, et un moment de honte est vite passé. 😉

Le premier sommet est encore bien loin
Le premier sommet est encore bien loin
Arête de la Table
Arête de la Table
La croix sur l'antécime
La croix sur l’antécime

Après la Table, la course est loin d’être terminée. Il faut maintenant suivre une arête qui ne semble pas très longue à première vue, mais il y a tellement de petits gendarmes à surmonter ou à contourner par la gauche ou la droite, que cela prend vite du temps et de fil en aiguille (sans jeu de mots !) il nous faut encore une heure avant d’atteindre l’antécime sur laquelle sur trouve une petite croix en bois. Une dernière traversée est nécessaire pour gagner le sommet principal où nous pouvons enfin poser les sacs après cinq heures et demie d’effort.

La traversée vers le sommet principal
La traversée vers le sommet principal
Au sommet de l'Aiguille du Tour
Au sommet de l’Aiguille du Tour

J’avoue que je suis totalement épuisée après cette première course de la saison, même si elle n’était pas bien longue. Nous profitons donc du beau temps pour marquer une bonne pause (plus de 30 mn !) pendant laquelle je peux manger une pâte d’amandes et me réhydrater un peu. Nous ne sommes pas seuls et nous papotons avec les deux autres cordées qui elles, sont montées par le couloir, non sans se faire quelques frayeurs dans le petit goulet au milieu.

La descente

Comme dans toute course de montagne, le sommet ne marque pas la fin de l’effort et maintenant il faut redescendre.  La petite pause m’a permis de récupérer et c’est un peu requinquée que je m’engage sur la voie normale, versant suisse. Ce n’est pas très difficile, ni très long, mais il faut tout de même faire attention de ne pas faire de faux pas. En une petite demie heure nous gagnons le Glacier du Tour. A partir de là ce n’est plus que de la marche pour revenir au Refuge Albert 1er, mais chaleur et fatigue aidant, il nous faudra tout de même près de deux heures pour y arriver.

Descente par l'arête sud
Descente par l’arête sud
L'aiguille du Chardonnet entre l'Aiguille Purtscheller et le Pain de Sucre
L’aiguille du Chardonnet entre l’Aiguille Purtscheller et le Pain de Sucre
Descente face aux Aiguilles Dorées
Descente face aux Aiguilles Dorées

Nouvelle pause de 30 mn sur la terrasse du refuge où on en profite pour s’acheter une grande bière et un paquet de chips que nous partageons. Nous récupérons les affaires que nous avions laissées au refuge, refaisons nos sacs et troquons les vêtements de haute montagne pour des tenues un peu plus légères (il fait chaud !) et c’est parti pour la toute dernière étape de retour au col de Balme. La forme est revenue et nous marchons d’un bon pas. Grâce aux remontées mécaniques, nous arrivons à la voiture vers 16h, soit onze heures après avoir démarré notre journée ce matin.

Glacier du Tour et Aiguille du Chardonnet
Glacier du Tour et Aiguille du Chardonnet

Il ne reste plus qu’à faire la route pour rentrer à la maison, prendre une douche, manger un peu… et s’écrouler sur le lit pour une nuit réparatrice. Et même si j’en ai un peu bavé physiquement (pour cause de manque d’entraînement), je suis tout de même très contente d’être retournée en altitude et d’avoir fait cette course. Et me voilà assez motivée pour essayer de faire au moins une autre sortie de ce type avant la fin de l’été…

Les liens pour en savoir plus :


8 réflexions au sujet de “La traversée de l’Aiguille du Tour (couloir et arête de la Table de Roc)

  1. Je prends enfin le temps de me promener sur ton blog et je découvre que la talentueuse photographe est doublée d’une aventurière des cimes ! Quels paysages !

  2. Bonjour Brigitte,

    Je suis tombé par hasard sur votre blog qui raconte vos aventures qui laissent rêveur.
    J’aime beaucoup vos photos faites lors de vos montées alpines.
    J’ai pu goûter cette année aux joies de l’alpinisme et aux magnifiques paysages que nous pouvons admirer là en haut.
    Etant également sur Genève et à la recherche de partenaires(ca n’intéresse pas les jeunes la montagne 🙁 ) je me demandais si un jour vous avez une place vacance au bout de la corde si vous pouviez penser à moi

    Cordialement,
    Thomas

  3. C’est magnifique et ça me fait mourir d’envie! Je manque terriblement d’entraînement, mais j’espère pouvoir m’y mettre sérieusement dans les années à venir. La montagne, l’escalade et la photo = <3
    (encore des trucs que Stephanie m'a fait découvrir :D)
    Et puis peut-être on pourra s'organiser une petite via ferrata au Kinabalu 😉

  4. Merci pour ta visite Claire. Maintenant que j’ai un peu plus de temps j’espère que je vais pouvoir poster plus régulièrement des petits récits de mes aventures. J’ai des tonnes de photos que je n’ai pas encore mises en ligne ! 🙂

  5. Ah le Kinabalu ! 🙂

    En attendant, quand tu reviens en Suisse, je t’emmène volontiers faire une belle balade en montagne… contre quelques bon conseils en matière de webdesign. 😉

  6. Bonjour Thomas,
    En principe j’ai déjà un premier de cordée attitré (le même depuis près de 30 ans), mais sait on jamais…
    En attendant, grâce à votre commentaire, j’ai découvert votre galerie SmugMug… tout simplement magnifique ! J’ai ajouté votre blog dans mon flux RRS et ne manquerai pas de suivre les nouveaux ajouts.
    Peut être aurons nous l’occasion de nous croiser un jour à Genève ou en montagne…
    Codialement,
    Brigitte

  7. Bonjour Brigitte,

    Je n’avais pas vu votre réponse, je n’ai pas recu de mail automatique.
    Pas de problème, je ne pensais pas etre premier de cordée mais plutot dernier vu mon expérience 🙂
    Merci pour votre commentaire, je vais également continuer à suivre vos aventures.
    A bientot peut-etre 🙂

    Thomas

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