Nordend – une voie normale, mais longue !

Gravir la Nordend (4609 m)  faisait partie de mes projets depuis des années. Deuxième sommet du Mont Rose (de par son altitude), c’était le dernier des 10 sommets de ce massif qui manquait à ma liste de courses. Alors quand Jean-Pierre m’a proposé en début de semaine de m’y emmener, je n’ai pas hésité une seconde, même si je savais pertinemment que je n’avais pas du tout l’entrainement pour faire une course d’une telle envergure sans y laisser des plumes. Certes, la voie normale de la Nordend, au départ de la cabane du Mont Rose ne présente pas difficultés techniques, mais elle est très longue : 1800 de dénivellation à la montée… et à la descente !

Jour 1 : montée à la nouvelle cabane du Mont Rose

Nous voilà donc au grand parking de Täsch mardi matin peu avant 9h. Le fond de l’air est frais : 6°C au thermomètre de la voiture sur les derniers kilomètres. Ca change des températures caniculaires de ces dernières semaines ! Les sacs sont rapidement bouclés et on s’octroie quelques minutes, le temps de boire un café avant de prendre la navette qui monte à Zermatt. Un arrêt imprévu sur la voie pour laisser passer un convoi en sens inverse et on arrive avec quelques minutes de retard : juste à temps pour voir partir le train de 10h du Gornergrat sous nos yeux. C’est pas grave, le suivant est dans moins d’une demie heure. On patiente donc un peu…

Gare de Täsch
Gare de Täsch

Finalement, il est 11h lorsque nous descendons du train à la gare de Rotenboden située à plus de 2800 mètres d’altitude. A partir d’ici il faut compter environ 4 heures pour gagner la cabane du Mont Rose en parcourant un cheminement long de 6,5 km. Si la première partie est un sentier de randonnée classique sur le flanc sud du Gornergrat, la suite demande plus d’attention car il faut traverser le glacier en se repérant, plus ou moins facilement, sur les balises qui marquent l’itinéraire entre les crevasses. Enfin, la troisième et dernière partie consiste en une remontée de près de 300 mètres sur une moraine en suivant un tracé malcommode et peu agréable… jusqu’à ce que l’on retrouve le sentier de l’ancien refuge qui lui, est toujours bien marqué. J’avoue ne pas avoir compris pourquoi, après avoir investi des millions dans une nouvelle cabane ultra moderne et ultra confortable, le CAS ne s’est pas donné la peine de créer un accès plus agréable, d’autant plus que depuis son inauguration en 2009, la cabane attire chaque année des foules de randonneurs qui viennent dans le seul but d’admirer celle-ci. Ca vaudrait vraiment la peine d’aménager un accès un peu moins casse-pattes !

Le Cervin depuis Rotenboden
Le Cervin depuis Rotenboden
Face Est du Cervin
Face Est du Cervin
Départ pour la cabane du Mont Rose
Départ pour la cabane du Mont Rose
Mont Rose.
Mont Rose. La Nordend est le sommet de gauche. La cabane se trouve tout à droite, vers le milieu de la photo.
Les échelles pour descendre sur le glacier
Les échelles pour descendre sur le glacier
Les échelles pour descendre sur le glacier
Les échelles pour descendre sur le glacier
Arrivée sur le glacier
Arrivée sur le glacier
Randonneurs sur le glacier
Randonneurs sur le glacier
La cabane est là haut
La cabane est là haut
Une approche caillouteuse
Une approche caillouteuse

Je ne suis pas mécontente d’arriver sur la terrasse de la cabane peu avant 15h. On s’installe à une table avec l’intention de commander quelque chose à boire, mais malheureusement ce jour là, le gardien a quelques petits problèmes de fosse sceptique et il y a une odeur particulièrement insupportable dans l’atmosphère. Du coup, nous préférons nous mettre à l’intérieur ! Heureusement, ce désagrément technique sera réglé dès le lendemain.

La cabane du Mont Rose
La cabane du Mont Rose
On finit par arriver à la cabane
On finit par arriver à la cabane
La cabane du Mont Rose
La cabane du Mont Rose
La cabane du Mont Rose
La cabane du Mont Rose et sa terrasse

Comme chaque veille de course, on passe l’après-midi à se reposer, d’autant plus que je me suis levée à 4h30, donc ce n’est pas vraiment un luxe. Il y a du monde, mais la cabane n’est pas bondée et son aménagement fait que nous n’avons pas l’impression d’être les uns sur les autres comme c’est parfois le cas. Nous dormons dans un petit dortoir de 6 places et bien que celui-ci soit complet, cela reste agréable car toute la place a été amplement prévue pour ranger les sacs et suspendre ses habits. Et puis les traditionnels bat-flancs sont remplacés par des couchettes superposées, disposées tout autour de la pièce. Chacun a donc la garantie d’avoir un matelas pour lui tout seul, sans être gêné par son voisin.

Lumière de fin journée sur le Lyskamm
Lumière de fin journée sur le Lyskamm
Intérieur de la cabane du Mont Rose
Intérieur de la cabane du Mont Rose

Le gardien et son équipe, même s’ils ne parlent pas un mot de français, sont très sympas et la cuisine est très bonne. Au désert on a même droit à deux boules de glace… une première en refuge en ce qui me concerne ! Et sitôt le repas terminé, aux alentours de 20h, nous regagnons nos couchettes pour aller dormir quelques heures car demain matin le réveil est réglé sur 1h45.

Jour 2 : le sommet

Il est 3h du matin lorsque nous sortons de la cabane. Il fait grand beau et la pleine lune éclaire la nuit et les montagnes environnantes. Pour un peu, on n’aurait presque pas besoin de la frontale pour s’éclairer. Étonnamment nous sommes qu’une petite douzaine d’alpinistes à partir à cette heure matinale ce qui signifie que toutes les autres personnes présentes hier soir (environ 70 au total) sont soit de simples randonneurs, soit des alpinistes qui vont redescendre dans la vallée un peu plus tard dans la journée.

Malgré l’éclairage de la lune, le cheminement au départ de la cabane n’est pas aisé à suivre dans la nuit et nous mettons près d’une heure et demie à zigzaguer dans les rochers avant de gagner le bord du glacier 450 mètres plus haut. Là, nous marquons une courte pause, le temps de mettre les crampons aux pieds. J’en profite pour tenter de faire une ou deux photos de la lune, mais avec un simple appareil compact et sans trépied, ça ne donne pas grand chose ! On commence alors la (très) longue remontée du Monte Rosa Gletscher qui va nous mener jusqu’au Silbersattel, à 4515 m.

Tentative de photo du clair de lune
Tentative de photo du clair de lune

Comme je l’ai dit précédemment, il n’y a pas de difficulté technique et il s’agit juste de mettre un pied devant l’autre. Petit à petit on se laisse bercer par le rythme lent et on perd toute notion du temps tandis que l’on marche dans la nuit. Les heures s’écoulent, lentement, et seul le changement de luminosité, avec le lever du jour qui illumine peu à peu les sommets, permet de se rendre compte du temps qui passe.

Lever du jour sur le Breithorn (6h15)
Lever du jour sur le Breithorn (6h15)
Lever du soleil sur le Lyskamm Est
Lever du soleil sur le Lyskamm Est
Lever du jour sur le Breithorn (6h30)
Lever du jour sur le Breithorn (6h30)

Vers 8h du matin, nous voici au pied du mur qui donne accès au Silbersattel, le col situé entre la Pointe Dufour et la Nordend. La pente se redresse un peu et la neige dure nous oblige à cramponner sur les pointes avant dans la partie la plus raide. Un exercice épuisant si l’on considère que nous sommes à plus de 4200 m et que nous marchons depuis cinq heures sans discontinuer. La distance n’est pas bien grande, mais nous mettons encore deux heures pour arriver sur le replat du col, où enfin nous posons les sacs pour souffler, manger et boire.

Au pied de l'arête de la Pointe Dufour
Au pied de l’arête de la Pointe Dufour
Arrivée sous le col du Silbersattel
Arrivée sous le col du Silbersattel
Passage raide dans les séracs
Passage raide dans les séracs

A partir de là, il n’y a « plus qu’à » suivre l’arête aérienne qui mène au pied du ressaut rocheux sommital. Là encore, rien de très technique, une excellente trace, mais qui demande tout de même une concentration extrême car toute chute pourrait avoir des conséquences assez graves (selon le côté sur lequel on choisit de tomber). Pour moi qui n’ai pas refait ce genre d’exercice depuis plusieurs années, c’est vraiment une épreuve très difficile (en clair, je suis morte de trouille !). J’avance à la vitesse d’un escargot, encouragée par Jean-Pierre qui se tient derrière moi, prêt à réagir au moindre de mes faux pas (nous sommes bien sûr encordés).

L'arête de la Nordend vue depuis le Sibersattel
L’arête de la Nordend vue depuis le Sibersattel
Arête de la Nordend
Arête de la Nordend

Tout se passe bien et pour finir nous arrivons au sommet de la Nordend (4609 m) peu après 11h du matin, soit huit heures après être partis de la cabane. Contrairement à nos habitudes, nous restons un bon moment au sommet car Jean-Pierre doit poser une petite ardoise qu’il a monté tout spécialement. En effet, ayant perdu un proche la veille de notre départ, il a réalisé une petite plaque souvenir qu’il a décidé de laisser au sommet. Cela me laisse le temps de récupérer un peu pendant qu’il s’active pour fixer celle-ci sur les rochers.

Panorama depuis le sommet
Panorama depuis le sommet
Pointe Dufour et arête de la Nordend
Pointe Dufour et arête de la Nordend
Plaque commémorative
Plaque commémorative
Hélicoptère au-dessus du Lyskamm (je ferais bien du stop pour descendre !)
Hélicoptère au-dessus du Lyskamm (je ferais bien du stop pour descendre !)

La descente s’effectue par le même itinéraire, c’est à dire en suivant à nouveau l’arête en sens inverse (re-épreuve pour mes nerfs !) et, de retour au Silbersattel, nous marquons une nouvelle pause avant d’entamer la longue descente. La fatigue commence à se faire sérieusement sentir dans les jambes et je donnerais cher pour pouvoir être en bas plus rapidement. Jean-Pierre m’encourage en me disant que nous n’avons pas besoin de nous presser et que nous pouvons dormir à nouveau au refuge ce soir si nous arrivons trop tard. Il ne croit pas si bien dire…

Partis à midi et demie du Sibersattel, il est 17h lorsque nous arrivons enfin sur la terrasse de la cabane. La descente a été terriblement éprouvante, dans une neige molle et nous avons dû faire plusieurs pauses pour nous reposer. Je suis totalement à bout de forces, mais contente d’avoir « tenu » pendant ces quatorze heures d’effort quasi en continu. Du coup, pour « fêter » ça, je m’offre un petit luxe : pour la modique somme de 5 CHF, il est possible d’avoir une douche chaude de 3 minutes. Enfin, c’est plutôt 2’45 » parce que pendant les 15 premières secondes, l’eau est assez froide, mais ensuite c’est vrai que c’est un délice sur les muscles fatigués !

De retour au refuge on a droit à un éclairage particulier du Cervin
De retour au refuge on a droit à un éclairage particulier du Cervin

Jour 3 : le retour à Zermatt

J’ai toujours de la peine à dormir après un effort trop violent et cette nuit ne fait pas d’exception. Entre la fatigue musculaire et le coup de soleil au visage (comme d’habitude je n’ai pas mis de crème), j’ai dormi en pointillé toute la nuit. Malgré tout je suis surprise de voir que mes jambes me font moins mal que prévu et c’est tant mieux car il nous reste à faire le long chemin jusqu’à la gare de Rotenboden pour descendre à Zermatt. Nous constatons que le parcours n’est pas plus rapide dans ce sens puisque, partis à 8h de la cabane, nous arrivons à midi moins cinq à Rotenboden, soit exactement le même temps que nous avions mis il y a deux jours en sens inverse.

Le lendemain matin, la lune se couche derrière le Breithorn
Le lendemain matin, la lune se couche derrière le Breithorn
Le long chemin du retour jusqu'à Rotenboden
Le long chemin du retour jusqu’à Rotenboden

Gros coup de bol, un train passe moins de deux minutes après notre arrivée et même chance à Zermatt où nous chopons immédiatement une correspondance pour Täsch où nous retrouvons la voiture. Petit strip-tease dans le parking pour enfiler des vêtements propres et plus adaptés à la température de la vallée (j’ai bien regardé avant pour être certaine que je ne me trouvais pas dans le champ de caméras de vidéosurveillance !) et puis il reste la toute dernière épreuve de la journée, moins physique, mais pas forcément moins fatigante : conduire les 250 km jusqu’à la maison où je peux enfin me laisser tomber sur mon lit (non sans avoir pris une bonne douche avant !)

Un grand merci à Jean-Pierre d’avoir eu la patience de m’emmener tout là haut alors qu’il savait très bien que je n’avais pas l’entraînement adéquat. Grâce lui, je peux cocher mon 52e sommet sur la liste des 4000 des Alpes. 🙂

Les liens pour en savoir plus :


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8 réflexions au sujet de “Nordend – une voie normale, mais longue !”

  1. Avec beaucoup de retard, je vous remercie pour votre commentaire qui m’a permis de découvrir votre blog… qui n’a rien à envier au mien en ce qui concerne les récits de montagne et les belles images ! 🙂

  2. la lecture de votre randonnée me donne des frissons dans les jambes. Après avoir envisagé il y a une très grosse vingtaine d’années l’ascension du Mont Rose, j’avais oublié ce sommet (je suis pyrénéiste avant tout) mais voici que l’envie me « redémange » et j’essaie de décider mon fidèle compagnon de montagne à venir à Zermatt.
    A 66 ans on a encore la chance de posséder la santé et la volonté. Si techniquement c’est un sommet relativement abordable et que les conditions météorologiques
    sont correctes, alors le rêve est permis et deviendrait surement notre dernier 4000m.
    Merci pour votre reportage écrit en toute simplicité et vos photos qui sont le détonateur de notre projet.

  3. Bonjour Gérard,

    Merci pour votre sympathique message et très contente que mon modeste récit vous ait donné l’envie de rechausser les crampons et de remonter là haut. Le sommet n’est pas très technique mais reste néanmoins une longue course. N’hésitez pas, comme nous, à prévoir de recoucher à la cabane du Mont Rose avant de regagner Rotenboden le lendemain (même si cela coûte un peu plus cher).

    Je vous souhaite de réussir votre projet et j’espère que vous me donnerez des nouvelles quand vous l’aurez réalisé !

  4. Brigitte,

    Merci pour votre message qui me donne du baume au cœur.
    Le projet avance, puisque nous pensons rejoindre Zermatt dernière semaine d’août ou première de septembre.
    Croisons les doigts pour que notre désir devienne réalité.
    Bien amicalement

  5. Alors là bravo!!!! Je suis envieux de ces belles randonnées qui malheureusement sont inaccessibles pour moi. Pourtant, j’ai en projet de faire la haute route de Chamonix à Zermatt. Je pense que j’en suis capable malgré mes 64 ans! Les images sont ravissantes. Bon reportage.

  6. Merci Michel pour votre passage sur mon blog. Bien sûr que vous êtes capable de de faire Chamonix Zermatt à 64 ans et si jamais vous cherchez un guide pour vous emmener, je peux vous en conseiller un qui a une grande expérience sur ce parcours et qui emmène régulièrement des sexagénaires dans sa trace.

    Amicales salutations.

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