Le glacier de l'Aneto

Pyrénées : L’enfer de l’Aneto

Lundi 31 août

Après notre séjour au pied du Canigou, nous décidons de poursuivre notre périple par l’ascension de l’Aneto. Avec ses 3’404 mètres, l’Aneto est le point culminant des Pyrénées et il aurait donc été dommage de passer à côté sans le gravir. L’Aneto se trouve sur le territoire espagnol au sein du parc naturel Posets-Maladeta à environ 150 km à l’ouest du Canigou… à vol d’oiseau. Mais par la route, cela représente plus de 250 km, essentiellement en suivant la N-260, également connue sous le nom de Trans-Pyrénéenne. Une route nationale, mais toute de même bien sinueuse et parfois assez étroite.

La journée se passe donc essentiellement sur la route à travers des paysages très variés que nous admirons, mais sans faire de pause photo. Malgré tout nous mettons plus de 5 heures pour rejoindre Benasque, petite station nichée au cœur de la vallée du même nom. Seul arrêt de la journée : 30 minutes après notre départ, nous avons la chance d’apercevoir le Train Jaune alors qu’il franchit le Pont Séjourné et j’ai pu faire cette photo.

Le Train Jaune sur le Pont Séjourné
Le Train Jaune sur le Pont Séjourné

Quand nous arrivons à Benasque vers 15h, l’Office du Tourisme est encore fermé (eh oui, nous allons devoir nous habituer aux horaires espagnols). Du coup nous partons à la recherche d’un hôtel et trouvons assez vite la perle rare : un établissement à prix raisonnable, avec des plein de places de parking juste devant. Il n’offre pas de service de restauration, mais fait partie du même groupe que l’établissement quatre étoiles que nous avions vu à l’entrée de la station. Du coup, on peut profiter d’un arrangement demi-pension en allant dîner dans l’autre hôtel. On déguste ainsi le même menu que les pensionnaires du quatre étoiles, pour la modique somme de 15 euros par personne. Rien à redire…

On s’installe donc dans la chambre et ensuite on va faire un tour à l’office du tourisme (qui a ouvert entre temps) pour avoir des renseignement sur l’ascension de l’Aneto. La femme qui nous répond est super efficace et nous ressortons au bout de quelques minutes avec toutes les infos qui nous manquaient ainsi que les prévisions météo. Celles-ci ne sont pas très bonnes et d’ailleurs la couleur du ciel nous laisse supposer qu’il ne va pas tarder à pleuvoir. On décide donc d’attendre le lendemain pour voir si on part ou pas et en attendant on profite du reste de la journée pour se détendre et visiter cette petite station très sympa.

Petite anecdote : comme on n’a pas fait de pause pour manger à midi, on commence à avoir sérieusement faim en fin de journée. Mais quand on se présente vers 19h30 à la réception de l’Hôtel Aneto, la réceptionniste a rigole en nous disant que le service ne commence qu’une heure plus tard. Et elle a ajoute que ça c’est pour les étrangers, parce que les locaux eux, viennent dîner à partir de 21h30 ! Inutile de vous dire que ce soir là, nous avons dégusté notre repas avec bon appétit.  🙂

Mardi 1er septembre

Il a plu une bonne partie de la nuit (et je ne parle pas des torrents d’eau qui se sont abattus sur Benasque pendant que nous dînions la veille). Ce matin il fait tout gris et brumeux et depuis la fenêtre de la chambre c’est tout juste si on distingue l’autre côté de la route. On descend donc profiter du petit déjeuner avant de décider de la suite du programme. Une heure plus tard, le brouillard se lève, le soleil commence à chauffer… et en l’espace de quelques minutes il fait grand beau ! Du coup on appelle le refuge pour leur annoncer que nous montons (c’est bon, il y a de la place) et on prépare nos sacs. En réglant la note de l’hôtel je demande si on peut réserver une chambre pour notre retour le lendemain. La patronne, super sympa, me dit que puisqu’on revient, on peut même laisser tous nos bagages dans la chambre. C’est l’avantage de voyager hors saison quand les hôtels ne sont pas complets !  🙂

On prend la voiture pour parcourir les 12 km qui nous séparent du bout de la route : Hopital de Benasque. A partir de là, des navettes permettent d’effectuer les derniers kilomètres de la route étroite, jusqu’à La Besurta. C’est une excellente initiative qui permet d’éviter les parkings sauvages et tout est bien organisé : les navettes circulent toutes les 30 minutes (fréquence plus élevée en cas d’affluence) jusqu’à 20h30 et il y a aussi un départ tôt le matin (5h30) pour les randonneurs matinaux.

La Besurta
La Besurta

A partir de la Besurta il ne faut que 45 minutes sur un sentier bien tracé pour gagner le Refugio de la Renclusa qui se trouve à à 2140 mètres d’altitude. L’accueil est cordial, sans plus, et comme il n’y a pas grand monde, on nous octroie une petite chambre, prévue pour 6 personnes et qui dispose d’une salle de douche et WC privés. C’est la première fois que je vois ça dans une refuge de montagne. L’après-midi s’écoule lentement. Pour faire « light » nous avons laissé nos romans à l’hôtel, pensant trouver, comme c’est souvent le cas, des piles de vieilles revues de montagne. Hélas, ici il n’y a absolument rien et on profite donc de ce temps mort pour faire une sieste en prévision de la longue journée du lendemain.

En montant à La Renclusa
En montant à La Renclusa

 

Arrivée au Refugio de La Renclusa
Arrivée au Refugio de La Renclusa
Refugio de la Renclusa
Refugio de la Renclusa
Un chaton s'amuse dans le local à chaussures
Un chaton s’amuse dans le local à chaussures

Un peu plus tard, on va faire un tour à l’extérieur histoire de bien repérer le chemin du départ (car on va partir de nuit demain matin) et aussi pour visiter la petite Chapelle de la Vierge des Neiges creusée dans le rocher juste en face du refuge. Pendant le repas du soir, nous échangeons avec trois français qui partagent notre table : un guide et deux clientes qui partent aussi pour l’Aneto demain.

Vallon de la Renclusa au-dessus du refuge
Vallon de la Renclusa au-dessus du refuge
L'entrée de la chapelle creusée dans la roche
L’entrée de la chapelle creusée dans la roche
La chapelle de la Vierge des Neiges
La chapelle de la Vierge des Neiges

Mercredi 2 septembre

Le réveil sonne à 5h15, précisément au même moment que les dans les chambres voisines. Depuis que tout le monde utilise son smartphone pour se réveiller, le charme des sonneries décalées a disparu des refuges. Vers 6h, alors que nous nous apprêtons à quitter le refuge, quelqu’un annonce qu’il pleut…  🙁  Du coup l’entrée du refuge se transforme en une sorte de salle d’attente où des personnages à moitié endormis, affublés de bonnets et de vestes Goretex se relaient pour ouvrir la porte toutes les 5 minutes pour voir s’il pleut encore. Un quart d’heure plus tard, la salle se remplit encore avec l’arrivée de tous ceux qui sont montés directement du bas depuis le premier bus du matin.

Vers 6h30, voyant que la pluie commence à se calmer et sachant que l’arrivée du jour n’est plus très loin, Jean-Pierre me dit qu’on va y aller. On s’engage donc dans la nuit et le brouillard… immédiatement suivis par une ribambelle de lampes frontales qui n’attendaient qu’un lièvre pour partir. Au départ du refuge, nous suivons un vague chemin, mais bien vite celui-ci disparaît complètement et la montée se poursuit dans un dédale de blocs plus ou moins gros qu’il faut contourner ou surmonter. La pluie, nous gratifie d’une dernière petite averse, mais celle-ci ne dure pas bien longtemps et le soleil va même faire une timide apparition tandis que nous arrivons au Portillón Superior (2895 m).

La vue depuis le Portillon Superior
La vue depuis le Portillon Superior

Le Portillón, c’est un col qui permet de franchir une crête rocheuse qui nous sépare de l’Aneto. D’après les topos et photos que j’avais pu  voir sur Internet, j’avais retenu que qu’une fois franchi le Portillón, on accédait assez vite à la neige, puis au glacier et que le cheminement était plus aisé. Mais à cette époque de l’année il n’en est rien. Devant nos yeux, le terrain rocheux s’étend à perte de vue et nous passons encore plus de 2 heures à progresser dans ce terrain difficile. Joël, le guide avec lequel nous avons sympathisé la veille au soir, et qui, comme nous, vient ici pour la première fois, met d’ailleurs tout le monde d’accord en décrétant haut et fort . « L’Aneto, c’est l’enfer ! ». Le pire, c’est qu’il va falloir se retaper tout cela en sens inverse à la descente.

Le sommet se trouve tout au fond, dans les nuages
Le sommet se trouve tout au fond, dans les nuages
Il faut tracer son itinéraire dans un chaos de blocs
Il faut tracer son itinéraire dans un chaos de blocs

Après quatre heures et demie de cheminement épuisant, nous chaussons enfin les crampons pour aborder la partie finale de l’ascension. En ce début de mois de septembre et après l’été caniculaire, la glace est bien dure. Quelques petits soucis de crampon mal réglé nous obligent à faire quelques arrêts, mais nous finissons par arriver au dernier ressaut rocheux qui donne accès au sommet. C’est à nouveau un dédale de rochers qu’il faut remonter, mais cette fois les cailloux sont plus petits et le passage répété des grimpeurs a fini par marquer une sorte de sente qui facilite le passage. Enfin, six heures après avoir quitté le refuge, nous nous retrouvons sur l’antécime.

Le glacier de l'Aneto
Le glacier de l’Aneto

Il ne reste plus qu’à franchir les quelques dizaines de mètres d’arête horizontale qui nous séparent du véritable point culminant des Pyrénées. Pour cela nous franchissons la fameux Pas de Mahomet dont tout le monde parle. Rien de bien difficile en soit, mais il est vrai qu’il vaut mieux éviter de glisser et de tomber à cet endroit. Nous restons au sommet le temps de faire quelques photos. Le temps est malheureusement couvert et nous ne profitons donc pas de la vue qui doit certainement être magnifique depuis ce belvédère.

Dernière crête avant le sommet
Dernière crête avant le sommet et passage du Pas de Mahomet
La croix au sommet de l'Aneto
La croix au sommet de l’Aneto
Sommet de l'Aneto
Sommet de l’Aneto

La première partie de la descente se passe plutôt bien et nous restons le plus longtemps possible sur le terrain glaciaire où la marche est tout de même plus facile. Mais il faut bien quitter le glacier à un moment donné et nous retrouvons donc la joie de marcher au milieu des gros blocs. Avec la fatigue qui s’installe (cela fait maintenant plus de huit heures que nous sommes partis) et les pieds qui font mal dans les grosses chaussures, c’est un véritable calvaire. Et plus le temps passe, plus j’avance lentement.

Descente du glacier
Descente du glacier
Des cailloux, encore des cailloux, toujours des cailloux
Des cailloux, encore des cailloux, toujours des cailloux
Descente dans les cailloux
Descente dans les cailloux
Retour au refuge de la Renclusa
Retour au refuge de la Renclusa

Finalement, à force de persuasion de la part de Jean-Pierre et de volonté de ma part (de toute façon je n’ai pas bien le choix), on finit par arriver au refuge à 18h30, soit exactement douze heures après être parti ce matin. On ne s’arrête pas bien longtemps : juste le temps de refaire les sacs avec les affaires que nous avions laissées ici et aussi de payer la note du refuge. Le gardien se contente d’encaisser mon argent, sans même me demander si la course s’est bien passée ou non, ce qui confirme l’idée que je m’étais faite la veille. Quelques minutes plus tard, nous voici à nouveau en marche pour rejoindre La Besurta. Nous sommes maintenant sur un sentier parfaitement tracé, mais les jambes se font lourdes en cette fin de journée. Ce que je redoute le plus c’est de voir partir un bus sous mon nez et donc plus on se rapproche et plus j’ai tendance à accélérer pour éviter que cela se produise.

En bas, nous retrouvons un groupe d’espagnols que nous avions vus au sommet et qui sont descendus directement par le Plan d’Aiguallut, sans passer par le refuge. Ils nous disent que c’était long et mal tracé et nous les croyons sans peine car ils ont beau être nettement plus jeunes que nous (la trentaine environ) ils ont tous l’air épuisés. Une navette arrive enfin pour nous ramener au parking et il est 20h lorsque nous retrouvons notre chambre d’hôtel à Benasque. Ce qui est bien avec les horaires locaux c’est que nous avons encore amplement le temps de profiter d’une bonne douche avant d’aller déguster un magret de canard bien mérité à l’Hôtel Aneto.


Infos pratiques

Hébergement et repas

A Benasque on trouve pléthore d’hôtels et de chambres d’hôtes de toutes catégories. Nous avons dormi à l’hôtel El Pilar qui offre des chambres simples à un prix très raisonnable. L’accueil est super sympa (à condition de parler l’espagnol) et pour les repas ils ont un arrangement avec l’autre hôtel du même groupe, l’Aneto. Attention aux horaires locaux : pas question de se présenter quelque part avant 13h ou 20h30 pour manger !

L’ascension de l’Aneto

Le point culminant des Pyrénées se mérite et c’est une ascension qui demande entre 10 et 12 heures aller-retour (voire même plus en fonction des conditions). On part généralement du refuge de La Renclusa, même s’il est tout à fait envisageable de partir du bas puisque le refuge n’est qu’à 45 minutes de la route. Pour rejoindre le point de départ à La Besurta, il faut laisser sa voiture au parking de Hospital de Benasque et prendre un bus navette. On trouve les horaires des navettes à l’office du tourisme ou sur Internet. En 2015, le prix du billet était de 4.90 EUR aller-retour. Le parking, lui, est gratuit.


Photos sur bibiphotos.ch

Pour découvrir toutes les images de ces deux journées, n’hésitez pas à visiter ma galerie de photos:

2 réflexions au sujet de “Pyrénées : L’enfer de l’Aneto

  1. Merci Jean-Michel. Effectivement, même Jean-Pierre était d’accord pour dire que c’est un des trucs les plus costauds qu’on ait jamais fait… à cette altitude ! 🙂

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