Salève : L'arête des Etiollets | Les balades de Bibi

Salève : L’arête des Etiollets

Voici un billet que j’avais commencé à écrire au mois d’août. Faute de temps, il était resté à l’état de brouillon pendant toutes ces semaines. Le Back to Blogging Challenge auquel je participe pendant 10 jours est l’occasion pour moi de finir de l’écrire et le publier… enfin !


On avait prévu d’aller faire une voie au col de la Colombière, mais ce matin là, en me levant, je me suis rendu compte que j’avais dû prendre froid  et que je n’étais pas vraiment en forme (ah cette foutue clim’ au bureau !). Du coup, changement de programme et nous partons en direction du Salève, à 15 minutes en voiture de chez moi. Après une brève hésitation, nous décidons d’aller faire l’arête des Etiollets… LA grande voie classique du Coin. (Oui, j’ai mis un ‘C’ majuscule à Coin, parce que c’est le nom de ce site d’escalade).

Après un petit quart d’heure de marche d’approche, nous voici à pied d’oeuvre. L’arête des Etiollets débute sur la Roche Fendue dont elle suit l’arête sur deux longueurs. Le moment fort de la voie se trouve dans la troisième longueur où il faut franchir la faille qui sépare la Roche Fendue de la falaise… montée d’adrénaline garantie ! Ensuite, il reste deux longueurs avant de déboucher sur le sentier des Etiollets qui permet de rejoindre son point de départ.

L’arête des Etiollets et la célèbre faille

Tout cela semble très sympa sur le topo, d’autant plus que la cotation ne dépasse pas le 5c+ et qu’il est même possible d’éviter ce pas en évitant la première longueur. Il suffit de continuer à monter par le sentier pour rejoindre directement R1 (relai 1 pour les non initiés, soit le point d’arrivée de la première longueur de corde).

Mais un 5c+ au Salève, ce n’est pas un 5c+ comme on a l’habitude. En effet, le passage de plusieurs générations de grimpeurs (dont les premiers portaient des chaussures à clous, appelées tricounis) a passablement usé le rocher qui, par endroits, brille comme du marbre. Et les endroits en question, c’est justement là où on aimerait poser le pied (ou la main) pour progresser. Bref, en un mot, l’escalade au Salève, surtout dans les voies classiques comme celle-ci, ça ressemble plutôt à une partie de patinage artistique, sauf que là, la patinoire est verticale.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles nous grimpons si rarement au Salève. Mais bon, de temps à autre, ça nous arrive de venir faire une voie comme les Etiollets ou les Morgans. Ca permet ensuite de relativiser les choses quand on va grimper ailleurs…

Longueur 1

Jean-Pierre s’attaque à la première longueur et tout de suite il est dans l’ambiance. Ca glisse un max et bien sûr le premier point de protection est assez haut. Mais bon, ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces, et, après quelques ruses pour limiter au maximum les risques de valdingue, le voilà au premier relais.

Je m’élance à mon tour et comme d’habitude je me demande comment il a fait pour passer là dedans en tête. Perso, je n’hésite pas à m’aider de la dégaine pour franchir ce passage en « 5c+ patinoire ». Plus haut, c’est plus classique comme escalade et j’ai vite fais de rejoindre le relais. C’est à ce moment là que je me rends compte qu’il était possible d’arriver directement au R1 par le sentier en faisant un ou deux lacets de plus, et je me demande pourquoi on s’est emm…. à faire ce passage. Réponse de Jean-Pierre : « Oui, d’habitude j’évite toujours ce pas, mais comme ça faisait plus de 30 ans que je n’avais pas essayé, je voulais voir si j’y arrivais encore ».  Ben le voilà donc rassuré.

Longueur 2

Une autre petite longueur permet de rejoindre facilement le sommet de la Roche Fendue et le relais à partir duquel il y a LE pas de la voie. Voici ce qui est indiqué dans le topo au sujet de ce fameux passage :

Il existe trois possibilités pour franchir la faille :
– par un saut (sur la droite)
– à l’aide d’une tyrolienne (au centre)
– en escalade (sur la gauche)

Ce n’est pas la première fois que je fais cette voie, mais je dois dire qu’à chaque fois ce pas est pour moi un grosse épreuve psychologique. Pourtant, j’ai la chance d’avoir un bon guide qui, ayant pris une corde de 100m, met en place un encordement pour que je sois doublement assurée, un brin devant et l’autre derrière. Je ne risque donc absolument rien, mais c’est plus fort que moi,  l’idée de me retrouvée pendue à la corde, au milieu de la faille, tel un téléphérique en panne… ça m’impressionne toujours !

Jean-Pierre s’engage, me crie les consignes (je ne peux pas le voir car il est de l’autre côté du sommet de la Roche Fendue) : « Sec ! » puis « Donne du mou ! » et quelques secondes plus tard j’entends, « C’est bon, je suis passé ». Encore quelques minutes, le temps pour lui de gagner le relais et c’est mon tour.

Jean-Pierre au relais 3, de l’autre côté de la faille

Je commence par monter d’un mètre pour arriver au sommet de la Roche Fendue et là… je prends le temps de faire quelques photos, histoire de penser à autre chose.

Genève vue depuis le sommet de la Roche Fendue

Et puis, il est temps de se lancer. Voici en quoi consiste le passage. Il faut d’abord desescalader un mètre ou deux, dos au vide en se tenant sur de bonnes prises de main. Puis, à un moment donné, il faut se tourner d’un quart de tour, lâcher une main, faire un grand écart et donner une impulsion pour aller attraper une prise (lisse) de l’autre côté de la faille pour se tirer et atterrir sur une petite dalle inclinée (en direction du vide, bien sûr). Cotation 5a. Ca, c’est la théorie.

Parce que dans la réalité, moi, je n’y arrive pas du tout. Enfin, le début, ça va à peu près. Mais ensuite, quand il faut lâcher une main et donner une impulsion, j’ai l’impression qu’il me manque un bon mètre de longueur de jambes et de bras pour arriver à toucher la paroi de l’autre côté. Heureusement il y a la corde, et aussi une « pédale » (sorte de sangle que les bons guides ont pour habitude d’accrocher à la paroi pour permettre aux pives comme moi de se hisser plus facilement) que Jean-Pierre a gentiment mise en place pour m’aider.

Ma technique n’est certainement pas au summum de l’élégance, et mes divers cris (« ouh la la la », « je ne vas pas y arriver » et divers noms d’oiseaux…)  n’arrangent pas les choses non plus, mais l’important, c’est que je finis par me retrouver de l’autre côté de la faille et il ne me reste plus qu’à gravir quelques mètres pour rejoindre le relais tout en marmonnant que c’est bien la dernière fois que je fais un truc pareil et qu’on ne m’y reprendra plus (c’est ce que je me dis à chaque fois ).

A mes pieds, la faille. En face, la petite plateforme… et la pédale !

La longueur suivante traverse vers la droite pour remonter une cheminée. C’est toujours un peu lisse, mais il y a de bonnes prises et après le passage de la faille, ça paraît super facile. Enfin, la dernière longueur est théoriquement cotée 4+, mais au départ du relais il y a un pas hyper athlétique et qui plus est, hyper patiné. Une variante par la gauche permet toutefois au premier de passer en limitant les risques et, du coup on se retrouve au sommet de la voie.

Pour la descente, il n’y a plus qu’à suivre le sentier des Etiollets, en faisant attention aux chutes de pierres (port du casque conseillé). On arrive en haut d’un mur équipé d’un gros câble et de broches. On descend à reculons en posant les pieds sur les broches et en tenant le câble dans ses mains. Moi, ce qui me fais toujours marrer, c’est que le câble et les broches s’arrêtent à environ 1,70 m du sol. Alors pour ceux comme moi, qui ne dépassent pas le mètre soixante, cela signifie que l’on termine un peu pendu à bout de bras avant que les pieds ne touchent le sol. 🙂

Le mur qu’il faut descendre à l’aide du câble et des broches

Quoi qu’il en soit, l’arête des Etiollets reste une belle voie pour qui veut s’initier à l’escalade au Salève. Il faut juste rester très prudent par rapport aux cotations du topo et tenir compte du côté lisse du rocher qui augmente sensiblement la difficulté de certains passages. Pour ceux qui ont l’habitude de grimper uniquement en salle, ça risque de les changer un peu…


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